Aller au contenu principal
Enseignement & Formation

Le pluriel des mots composés : règles et exceptions à connaître

Des grand-mères aux après-midi : les six règles d'accord des mots composés au pluriel, avec tableau, exemples et apport de la réforme orthographique de 1990.

5 min de lecture
Le pluriel des mots composés : règles et exceptions à connaître

Le pluriel d’un mot composé dépend de la nature de chaque élément : deux noms en apposition s’accordent tous deux (des choux-fleurs), nom+adjectif s’accorde au double (des coffres-forts), verbe+nom laisse le verbe invariable (des ouvre-boîtes), verbe+verbe ne s’accorde nulle part (des laissez-passer). La réforme de 1990 autorise des simplifications dans 2 400 mots du dictionnaire.

Pourquoi les mots composés résistent au pluriel

Un mot composé associe deux ou plusieurs éléments pour former une unité de sens : un porte-manteau, une grand-mère, un timbre-poste, un arc-en-ciel. La difficulté tient à la nature variable de chaque morceau — nom, verbe, adverbe, adjectif, préposition — qui détermine seule la règle d’accord.

La réforme orthographique de 1990, adoptée par l’Académie française et désormais enseignée à l’école, propose des simplifications dans environ 2 400 mots du français courant. Elles sont admises sans être obligatoires : les deux orthographes restent valides en 2026. Pour clarifier, nous indiquons ci-dessous l’orthographe traditionnelle et la forme rectifiée quand elles diffèrent.

Les six règles d’accord, par catégorie

1. Nom + nom

Les deux éléments prennent la marque du pluriel quand il s’agit d’un cumul de réalités.

  • un chou-fleur → des choux-fleurs
  • un wagon-lit → des wagons-lits
  • un timbre-poste → des timbres-poste (poste signifie de la poste — c’est un complément, donc invariable)

2. Nom + adjectif (ou inverse)

Les deux varient.

  • un coffre-fort → des coffres-forts
  • une grand-mère → des grands-mères (orthographe traditionnelle) ou des grand-mères (réforme 1990)
  • un beau-frère → des beaux-frères
  • un rouge-gorge → des rouges-gorges

3. Verbe + nom

Le verbe reste invariable. Le nom prend la marque du pluriel selon le sens.

  • un ouvre-boîte → des ouvre-boîtes (on ouvre plusieurs boîtes)
  • un porte-monnaie → des porte-monnaie (orthographe traditionnelle, monnaie indénombrable) — des porte-monnaies admis depuis 1990
  • un essuie-glace → des essuie-glaces
  • un porte-clé → des porte-clés (forme rectifiée, sans accent circonflexe)

4. Adverbe + nom (ou adjectif)

L’adverbe reste invariable, le second élément s’accorde.

  • un avant-coureur → des avant-coureurs
  • un haut-parleur → des haut-parleurs
  • un avant-bras → des avant-bras (bras invariable au singulier déjà)
  • un sous-marin → des sous-marins

5. Verbe + verbe

Aucun des deux ne s’accorde — la composition est figée.

  • un laissez-passer → des laissez-passer
  • un savoir-faire → des savoir-faire
  • un va-et-vient → des va-et-vient

6. Mot + préposition + mot

Seul le premier élément s’accorde, sauf si le second est aussi un nom susceptible d’être pluriel.

  • un arc-en-ciel → des arcs-en-ciel
  • un chef-d’œuvre → des chefs-d’œuvre
  • un pied-à-terre → des pied-à-terre (invariable, terre singulier collectif)
  • un sans-abri → des sans-abri (abri invariable au sens collectif)

Tableau récapitulatif

CompositionÉlément(s) variable(s)Exemple
Nom + nom (apposition)les deuxdes choux-fleurs
Nom + nom (complément)premier seulementdes timbres-poste
Nom + adjectifles deuxdes coffres-forts
Verbe + nomnom selon le sensdes ouvre-boîtes
Adverbe + nomnom seulementdes haut-parleurs
Verbe + verbeaucundes savoir-faire
Préposition + nomaucun, sauf cas particuliersdes sans-abri

Les neuf cas particuliers à mémoriser

Quelques mots résistent aux règles générales et doivent s’apprendre par cœur :

  • des après-midi (traditionnel) ou des après-midis (réforme 1990)
  • des œils-de-bœuf (lucarne ronde — œil devient œils dans ce sens, pas yeux)
  • des bonshommes (et non des bonhommes — la liaison se prononce, le pluriel se lit)
  • des gentilshommes, des messieurs, des mesdames, des mesdemoiselles
  • des grands-pères, des belle-sœurs (où belle n’est pas un adjectif mais un noyau du composé)
  • des tête-à-tête, des cessez-le-feu (toujours invariables)
  • des Cherche-Midi (rue de Paris, donc nom propre invariable)
  • des qu’en-dira-t-on, des m’as-tu-vu (locutions figées)
  • des pourboires (un seul mot, pluriel régulier — la frontière entre composé et mot soudé est mouvante)

Le Robert recense plus de 4 800 mots composés en français : la majorité suit les six règles ; une centaine font figure d’exceptions à connaître.

Quatre conseils pratiques

  1. Identifier la nature de chaque élément avant d’accorder. Verbe ? Nom ? Adjectif ? Adverbe ? La règle découle directement de cette analyse.
  2. Penser au sens : pluralise-t-on vraiment chaque partie, ou seulement l’ensemble ? Un porte-monnaie ne devient pas des porte-monnaies selon la tradition, parce que monnaie est un collectif.
  3. Consulter le dictionnaire : le Robert et le Larousse indiquent systématiquement le pluriel des mots composés. En cas d’écart entre les deux, le Trésor de la langue française (TLFi, gratuit) tranche en faveur de l’usage majoritaire.
  4. Choisir une orthographe et s’y tenir : tradition ou réforme de 1990, les deux sont valides ; l’incohérence dans un même texte est, elle, toujours fautive.

Pour aller plus loin

Le pluriel des mots composés a longtemps été un cauchemar des dictées de fin d’année. Avec une grille de lecture claire — analyser la nature des éléments — et une mémoire pour la centaine d’exceptions notables, cette difficulté devient une question de logique grammaticale plus que de chance.