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L'accord de tout : adjectif, pronom ou adverbe ?

Tout, tous, toute ou toutes ? La nature du mot décide de l'accord. Règle de l'adverbe, cas de tout autre, locutions figées et dix exercices corrigés.

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L'accord de tout : adjectif, pronom ou adverbe ?

Tout s’accorde quand il est déterminant ou pronom (toute la classe, ils sont tous venus). Adverbe, au sens de « complètement », il reste invariable, sauf devant un adjectif féminin commençant par une consonne ou un h aspiré : elle est tout étonnée, mais toute honteuse. Pour réussir l’accord de tout, identifiez d’abord sa nature.

Trois natures, trois comportements

Le même mot occupe trois fonctions différentes dans la phrase, et chacune obéit à sa propre logique. Tant que la nature n’est pas identifiée, aucune règle ne s’applique correctement.

Déterminant : tout suit le nom

Devant un nom, avec ou sans article, tout se comporte comme un adjectif et prend le genre et le nombre de ce nom. Quatre formes existent : tout, toute, tous, toutes.

  • Tout candidat signe sa copie (sens de « chaque »).
  • Toute la classe a répondu (sens de « entière »).
  • Tous les élèves, toutes les copies (sens de la totalité).

Ce cas pose rarement problème, car l’oreille guide l’écriture : le nom qui suit dicte la forme, comme pour n’importe quel adjectif.

Pronom : tous se prononce [tus]

Seul, sans nom, tout remplace un ensemble d’êtres ou de choses. Tout est prêt. Toutes ont rendu leur copie. Je les ai tous lus. Le Wiktionnaire relève un indice sonore précieux : le masculin pluriel se prononce tous [tus] quand il est pronom, et [tu] quand il est déterminant devant un nom. Si le s s’entend à la lecture à voix haute, le mot est un pronom et s’écrit avec un s.

Adverbe : le sens de « complètement »

Devant un adjectif, un adverbe ou une locution, tout signifie « entièrement, tout à fait ». Il devient alors un adverbe, et un adverbe ne s’accorde pas. Il est tout petit. Ils sont tout surpris. Elle parlait tout bas. Le test le plus sûr : remplacer tout par complètement ou très. Si la phrase garde son sens, vous tenez l’adverbe tout.

Toute honteuse, tout heureuse : la seule exception de l’adverbe

L’adverbe ne connaît qu’une entorse à son invariabilité, et elle concerne uniquement le féminin. L’Académie française la formule dans l’une de ses Questions de langue, intitulée « Tout étonnée, mais toute surprise » : devant un adjectif féminin qui commence par une consonne, tout s’accorde en genre et en nombre avec cet adjectif. Devant une voyelle ou un h muet, il reste invariable.

  • Elle est toute petite, elles sont toutes petites.
  • Elle est toute confuse, toute honteuse.
  • Elle est tout étonnée, tout émue, tout heureuse.
  • Elles sont tout étonnées, tout habillées.

L’Académie rattache l’accord à l’étymologie, tout venant du latin totus, « entier », et l’invariabilité devant voyelle à des raisons de prononciation. Autrement dit, l’accord devant consonne se voit et s’entend : toute petite se prononce avec un t final que tout petit n’a pas.

Le h muet et le h aspiré

La difficulté se déplace alors sur la lettre h. Le h aspiré interdit l’élision et la liaison, et se comporte comme une consonne : l’accord se fait. Le h muet autorise l’élision, et se comporte comme une voyelle : pas d’accord. Un test rapide consiste à placer l’article devant le nom de la même famille.

  • La honte, le hardi : h aspiré, donc toute honteuse, toute hardie.
  • L’heure, l’habit, l’hésitation : h muet, donc tout heureuse, tout habillée, tout hésitante.

Le Wiktionnaire signale d’ailleurs que l’usage courant accorde souvent tout devant voyelle, en écrivant toute heureuse. La norme décrite par l’Académie reste celle de l’invariabilité, et c’est elle que retiennent les correcteurs.

Mains posées sur un cahier ouvert aux pages blanches, stylo plume à côté, sur un bureau en bois clair

Tous ou tout devant un adjectif : quand l’accord change le sens

Au masculin pluriel, la graphie distingue deux phrases qui se ressemblent beaucoup. Ils sont tous contents signifie que chacun d’eux est content : tous est un pronom, prononcé [tus]. Ils sont tout contents signifie qu’ils sont très contents : tout est un adverbe, prononcé [tu], sans accord puisque l’adjectif est masculin.

Au féminin, la distinction s’efface parfois. Devant un adjectif à initiale consonantique, pronom et adverbe s’écrivent tous deux toutes. Elles sont toutes contentes peut vouloir dire « chacune d’elles est contente » ou « elles sont très contentes ». Seul le contexte tranche, et l’écrit n’offre aucun indice.

Devant une voyelle, en revanche, la graphie redevient parlante :

  • Elles sont toutes émues : chacune d’elles est émue (pronom).
  • Elles sont tout émues : elles sont profondément émues (adverbe).

Quand l’ambiguïté gêne, reformulez. Chacune d’elles était contente ou elles étaient très contentes lève le doute que la règle ne peut pas lever. Le même souci de clarté guide le choix du genre dans les noms à double emploi, détaillé dans notre guide sur le choix entre un et une.

Tout autre : n’importe quel, ou complètement différent ?

La locution tout autre cumule les deux lectures, et son accord en dépend directement. Le Wiktionnaire consacre une entrée distincte à chacune.

Au sens de « n’importe quel autre », tout est un déterminant, toujours variable. Toute autre réponse sera refusée. Toute autre candidate aurait accepté. La locution s’emploie surtout au singulier, et tout précède directement autre, sans article.

Au sens de « entièrement différent », tout est l’adverbe, qui modifie autre. Comme autre commence par une voyelle, il reste invariable : c’est tout autre chose, une tout autre histoire, les conclusions sont tout autres que prévu. Un repère pratique : quand un article précède (une tout autre affaire), vous êtes presque toujours face à l’adverbe. Le Wiktionnaire note que l’accord de cet adverbe se rencontre aussi dans l’usage, mais la tradition grammaticale le laisse invariable.

Pour trancher sans hésiter, substituez :

  1. Si n’importe quelle autre convient, écrivez toute autre.
  2. Si complètement différente convient, écrivez tout autre.

Tout entière, tout à fait : les emplois qui piègent l’œil

Plusieurs emplois courants semblent réclamer l’accord et n’en prennent pourtant aucun, parce que tout y reste adverbe.

La tournure la ville tout entière en est l’exemple le plus fréquent. Tout modifie l’adjectif entière, qui commence par une voyelle : tout entière s’écrit donc sans e, malgré l’attraction du nom féminin. Les régions tout entières, la classe tout entière. La forme toute entière, très répandue, reste une faute au regard de la règle de l’Académie.

Autres adverbes figés, toujours invariables : tout à fait, tout à coup, tout à l’heure, tout de suite, tout près, tout doucement. Aucun d’eux ne varie, quel que soit le genre du sujet : elles sont tout à fait prêtes.

Certaines locutions nominales hésitent entre singulier et pluriel. Le Wiktionnaire enregistre de toute sorte et de toutes sortes comme deux variantes admises : des objets de toute sorte, des objets de toutes sortes. En tout cas s’écrit au singulier. Tout le monde, enfin, commande un verbe au singulier : tout le monde est venu.

Reste le nom, plus rare : le tout, former un tout, avec un pluriel en touts. Ce pluriel garde son t, comme les autres formes de la famille. Le même soin du pluriel se retrouve dans les règles du pluriel des mots composés, où chaque élément se juge selon sa nature.

Mains triant des fiches cartonnées vierges en trois petites piles sur une table de classe

Ce que disent les textes officiels

L’arrêté de 1976, signé le 28 décembre par René Haby, ministre de l’Éducation, et publié au Journal officiel du 9 février 1977, énonce des cas de tolérance grammaticale ou orthographique admis dans les examens et concours. Il reste en vigueur, à côté des rectifications ultérieures. Son contenu précis sur tel ou tel accord se lit dans le texte lui-même, publié sur Légifrance : mieux vaut le consulter avant de s’en prévaloir sur une copie.

Les rectifications de 1990 n’ont pas touché à tout. Issues d’un rapport du Conseil supérieur de la langue française, approuvées par l’Académie française et publiées aux Documents administratifs du Journal officiel du 6 décembre 1990, elles portent sur d’autres points, comme les traits d’union ou certains accents. L’accord de l’adverbe tout reste donc celui de la tradition. Pour les graphies qu’elles modifient, ces rectifications posent un principe simple : aucune des deux graphies ne peut être tenue pour fautive. L’invariabilité du participe laissé devant un infinitif compte parmi les rares retouches grammaticales de 1990, détaillées dans notre article sur l’accord du participe passé.

Exercices corrigés : dix phrases pour vérifier le réflexe

Complétez chaque phrase par tout, toute, tous ou toutes, puis comparez avec la correction.

  1. Les ___ premières pages sont illustrées.
  2. Elle est restée ___ interdite devant le jury.
  3. ___ autre candidate aurait été refusée.
  4. Les conclusions sont ___ autres que prévu.
  5. La maison ___ entière a tremblé.
  6. Les fillettes étaient ___ honteuses.
  7. Elles semblaient ___ heureuses de rentrer.
  8. Le brocanteur vend des objets de ___ sorte.
  9. Elle parlait ___ bas pour ne réveiller personne.
  10. Ils sont ___ venus, sans exception.

Corrections commentées :

  1. Toutes : adverbe devant premières, adjectif féminin à initiale consonantique, donc accordé.
  2. Tout : adverbe devant interdite, qui commence par une voyelle.
  3. Toute : déterminant au sens de « n’importe quelle autre ».
  4. Tout : adverbe au sens de « complètement différentes », devant voyelle.
  5. Tout : adverbe devant entière, invariable malgré le nom féminin.
  6. Toutes : h aspiré (la honte), l’adverbe s’accorde ; la phrase peut aussi se lire avec un pronom.
  7. Tout : h muet (l’heure), invariable.
  8. Toute, ou toutes sortes au pluriel : les deux variantes sont admises.
  9. Tout : adverbe devant un autre adverbe, jamais accordé.
  10. Tous : pronom, prononcé [tus], au sens de « chacun d’eux ».

La sixième phrase mérite un temps d’arrêt. Le résultat écrit reste identique, que tout soit adverbe (très honteuses) ou pronom (chacune honteuse) : c’est le cas typique où la graphie ne trahit pas l’intention.

Mains posant un crayon rouge sur une pile de feuilles vierges, lumière de fin de journée

Récapitulatif des cas

Nature de toutAccordExemple
DéterminantAvec le nomtoute la classe, tous les jours
PronomAvec ce qu’il remplaceelles ont toutes signé
Adverbe devant masculinInvariableils sont tout surpris
Adverbe devant féminin, voyelle ou h muetInvariableelle est tout heureuse
Adverbe devant féminin, consonne ou h aspiréAccordéelle est toute honteuse
Tout autre, « n’importe quel »Variabletoute autre réponse
Tout autre, « complètement différent »Invariableune tout autre affaire

Trois questions suffisent, dans l’ordre. Tout est-il devant un nom, seul, ou devant un adjectif ? S’il précède un adjectif, celui-ci est-il féminin ? Si oui, commence-t-il par une consonne ou un h aspiré ? La réponse à la troisième question tranche le seul cas délicat.

Prochaine étape : relire vos derniers écrits en cherchant toute entière et tout autre, les deux formes les plus souvent fautives, puis leur appliquer le test du « complètement ». Pour observer la règle dans une prose soignée, les tournures analysées dans les figures de style offrent un bon terrain de lecture attentive.